Les horaires de travail ont-ils encore un sens ?
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Les horaires de travail ont-ils encore un sens ?

07.11.2016

Les espaces de travail évoluent, de même que le temps de travail. A l’heure de l’hyper connectivité des collaborateurs, retour sur les rencontres de l’observatoire Actinéo pour la qualité de vie au bureau.

Selon l’étude menée par Actinéo en 2015, 60 % des salariés déclarent travailler hors de leur entreprise (dont 25% en télétravail, 77% à l’occasion de déplacements professionnels) et de plus en plus de collaborateurs avouent parfois travailler dans des tiers-lieux comme des cafés ou des bibliothèques. Un nomadisme rendu possible par l’omniprésence du réseau wifi. Aujourd’hui, pour de nombreux collaborateurs, « le bureau », mobile par excellence, peut se limiter à un ordinateur et les nouveaux espaces de travail se multiplient. Mais avec quels impacts sur le temps de travail ?

L’exemple d’Atos

Aujourd’hui, dans certaines entreprises comme Atos, acteur international du numérique, les salariés sont libres de travailler quand et où ils le souhaitent. Les équipes étant motivées par un objectif à atteindre, la contrainte horaire des 35 heures devient caduque. À l’occasion des rencontres Actinéo, Jean-François Perillat, manager chez Atos, revient sur les choix et l’organisation de l’entreprise. Depuis 2010, les 4500 collaborateurs sur le site de Bezons (Val d’Oise) ont adopté le « bureau flexible », des postes de travail non attribués qui ont permis de faire baisser les coûts immobiliers tout en favorisant un meilleur environnement de travail. En partant du principe que l’évolution du temps et de l’espace de travail s’accompagnent d’une évolution de la manière de produire de la valeur, la nouvelle organisation d’Atos favorise l’interaction et la collaboration via un important réseau social d’entreprise et des outils nomades de communication (téléphone sur IP) et de partage de contenus. Désormais, les collaborateurs ne travaillent plus par service ou par direction mais appartiennent à différents « collectifs ». Une vision de l’entreprise ouverte, collaborative et sociale, responsabilisant les collaborateurs et mettant la communauté au centre de l’organisation. Mais cette transformation a nécessité un accompagnement des collaborateurs et notamment la nomination de managers de proximité qui sont devenus de véritables « animateurs de communautés ».

L’importance du groupe

De son côté, l’anthropologue et consultant Aymeric Lambay souligne l’influence du groupe sur la productivité et le bien-être des salariés en rappelant que ce n’est pas parce que l’on travaille ailleurs qu’au bureau que l’on travaille moins bien. Aujourd’hui, le présentéisme n’est plus un gage de performance. Mais si les nouveaux modes de travail nomades peuvent convenir à certains en offrant plus de libertés pour gérer sa vie personnelle, pour d’autres, le bureau et le lieu de travail restent importants. Ce symbole de territorialité qui disparait peut être perturbant pour les collaborateurs. C’est donc à chacun de trouver sa manière de travailler et aux entreprises de les accompagner. En même temps que les horaires et les lieux de travail deviennent plus flexibles, l’entreprise demeure responsable du lien collectif et du groupe. D’après l’observatoire Actinéo, la relation entre collaborateurs constitue d’ailleurs 71 % de la qualité de vie au travail.

Lutter contre le stress et la perte de sens

Le médecin du travail Bernard Salengro revient quant à lui sur une étude menée par l’Observatoire du stress CFE-CGT. Si les nouvelles technologies font exploser la séparation entre lieu de travail et lieu de vie, les mails nous suivent à la maison et les collaborateurs doivent faire face à une densification de l’information jamais vue auparavant qui peut engendrer du stress et une fatigue chronique. L’étude met aussi en lumière la perte de sens vécue par certains collaborateurs. Que le travail soit effectué dans l’entreprise ou à l’extérieur, un accompagnement et une reconnaissance du travail sont nécessaires afin que chacun ait le sentiment de « servir à quelque chose » précise Bernard Salengro. Les managers et les responsables des ressources humaines doivent rester vigilants, veiller à l’aménagement d’objectifs réalisables dans le cadre d’horaires flexibles et inciter les collaborateurs à ne pas travailler en permanence.

Alain D’Iribarne, chercheur au CNRS et président du conseil scientifique d’Actinéo reconnait que la réflexion autour du temps de travail est en retard par rapport à celle sur les espaces de travail dans l’entreprise. Il s’agit pourtant d’un nouvel enjeu qui ne peut pas être abordé de la même manière, un sujet historiquement conflictuel qui relève de la régulation sociale. « Cette réflexion peut-elle s’opérer à la simple échelle des entreprises ? » s’interroge le chercheur. Selon lui, il faut réorganiser les normes du temps au sein de l’entreprise. Le centre du débat se déplace alors sur une reconfiguration de la hiérarchie et du management. Car la notion de confiance est au cœur de cette délicate question du temps de travail…

Un article signé Usbek & Rica

Crédits header : CC0 Tristan Conlangelo - Unsplash

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