Les mots de la génération « sans bureaux fixes »
Et demain ?

Les mots de la génération « sans bureaux fixes »

11.02.2016

En 1985, la Harvard Business Review publiait un article intitulé « Your office is where you are ». Aujourd’hui, la génération des « sans bureaux fixes », ces travailleurs nomades sans attache professionnelle qui naviguent de projet en projet, prend la pleine mesure de cette prophétie. Le bureau traditionnel est-il en passe de devenir ce lieu vintage où l’on retournerait presque avec nostalgie ?

Dans son dernier ouvrage (La Société automatique, L’avenir du travail, Fayard, 2015) le philosophe Bernard Stiegler estime que l’autonomisation croissante de la société signe la mort prochaine de l’emploi tel qu’on le connait aujourd’hui. Numérique, robotique et économie collaborative en modifient profondément notre rapport. Le travail en freelance se développe et les méthodes issues de l’industrie du web, flexibles, mobiles, etc., inspirent désormais d’autres secteurs. De plus en plus répandue en France, la pratique du télétravail concernerait même déjà jusqu’à 10 % des salariés dans le tertiaire. Le « cubicule » a donc du souci à se faire. Quels sont alors ces nouveaux espaces et modes de création qui prennent le pas sur nos anciennes routines de travail ? Petit lexique d’un monde en mutation.

Coworking

Le travailleur indépendant n’est pas nécessairement un travailleur isolé. Les espaces de coworking se multiplient pour accueillir ces entrepreneurs ou freelances et leur offrir bien plus qu’un poste de travail : des lieux d’échanges stimulants, sans hiérarchie, qui favorisent la collaboration entre des profils complémentaires. À titre d’exemple, La Mutinerie à Paris arbore le slogan : « Libres Ensemble ». Plus de 200 espaces de coworking sont répertoriés dans toute la France et 1 800 dans le monde.

Remote

De l’anglais « travailler à distance », le remote work trouve sa pleine expression dans le nomadisme professionnel : chez lui, au café, dans une bibliothèque ou un espace de coworking, le travailleur doté d’un ordinateur et d’une connexion Internet n’a plus besoin de se rendre au bureau pour mener à bien ses projets. Preuve de l’engouement pour cette nouvelle organisation de travail, de plus en plus de sites recensent les offres d’emplois permettant une organisation flexible, à distance : We work remotely, FlexJobs, Working Nomads, etc.

Fablab

Né au cœur du prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology), le fablab – de l’anglais fabrication laboratory – est l’espace d’expression privilégié des makers. Il s’agit d’un atelier de fabrication ouvert à tous, équipé d’outils traditionnels et de machines pilotées par ordinateur (Imprimante 3D, découpe laser, fraiseuse, etc.). L’accès à un fablab rendrait plus créatif et productif : c’est sans doute ce qui explique l’engouement d’industriels tels que Renaut et Airbus qui ont déjà intégré des fablabs à leurs centres de recherche.

Hackathon

Plus fun qu’une réunion, le hackathon (contraction de « hack » et marathon) rassemblait à l’origine des développeurs pour répondre en un temps donné (très court) à un défi commun par la création d’un prototype d’application. Largement popularisé aujourd’hui, ce format n’est plus l’apanage des geeks et de nombreuses organisations (municipalités, entreprises) y ont recours pour répondre à tous types de besoins. En janvier 2016, la Ville de Paris a ainsi organisé un hackathon pour renforcer la sécurité et la prévention en cas de situation de crise.

Design thinking

Très utilisé dans le cadre du hackathon, le design thinking est une approche de l’innovation centrée sur l’humain et favorisant l’interdisciplinarité. Les compétences analytiques du technicien (ingénieur, scientifique, informaticien, etc.) et l’intuition du créatif (designer, artiste, etc.) interagissent pour concevoir un produit au plus proche du besoin de l’usager. Par exemple, chez GE Software, le modèle traditionnel du cahier des charges tend à disparaître au profit d’un modèle itératif, consistant à avancer pas à pas, sans dévaloriser l’erreur qui permet au contraire d’améliorer le produit final.

Digital labor

Pour le sociologue Antonio Casilli, l’internaute serait un travailleur qui s’ignore. Le Digital Labor désigne ainsi l’ensemble des activités numériques quotidiennes des usagers de plateformes sociales, applications mobiles, objets connectés, qui parce qu’elles produisent de la valeur, peuvent être assimilées à du travail. Un travail invisible certes, mais à l’origine de profits conséquents.

Micro-travail

Directement corrélé au digital labor, le micro-travail ce sont ces minuscules tâches informatiques ultra simples que les robots ne savent pas encore traiter à notre place (vérification de mots clés, rédaction de commentaires, participation à un forum, transcription d’un son en texte, etc.). Mais à la différence du digital labor, ces tâches sont sous-traitées à des internautes contre de très faibles rémunérations. Contestable d’un point de vue éthique, Mechanical Turk, première plateforme de micro-travail lancée par Amazon, est régulièrement pointée du doigt.

Slasher

Pour lui, l’emploi unique est has-been : le slasher (en référence à la barre oblique) ne se contente pas d’une seule activité professionnelle mais tire profit de ses nombreuses compétences pour jongler entre plusieurs métiers : rédacteur/concepteur/graphiste ou même peintre/avocat ! Si cette formule est souvent subie ou précaire, elle tend à être de plus en plus choisie et valorisée.

Switcher

Cousin germain du slasher, la notion de parcours professionnel bien défini et cohérent présente peu d’intérêt aux yeux du switcher (de l’anglais changer) qui est capable de changer littéralement de métier au gré des opportunités, des rencontres ou de ses envies.

Un article signé Usbek & Rica

Crédits header : foam

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