Retour vers le futur des villes
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Retour vers le futur des villes

12.10.2018

Los Angeles, 2019 : la ville futuriste imaginée par Ridley Scott est criblée de tours immenses et traversée par des autoroutes saturées. Aujourd’hui dans la réalité de 2018, la cité des Anges n’est pas habitée par des androïdes, mais la vision qu’en avait eu le cinéaste en 1982 pour son film Blade Runner, n’est finalement pas si éloignée des mégalopoles comme Shanghai ou Hô Chi Minh-Ville, avec leurs paysages urbains verticaux, leurs réseaux de circulation dense et leurs innombrables affichages lumineux. Mais les artistes, cinéastes et écrivains n’ont pas été les seuls à inventer leur ville du futur, entre science-fiction, imagination et anticipation. Les architectes aussi. Quelques projets remarquables au fil du temps, de Tony Garnier à Vincent Callebaut.

La Cité industrielle de Tony Garnier

La ville du futur inspirait dès le début du XXè siècle l’architecte lyonnais Tony Garnier. Il a conçu sa « Cité industrielle » il y a près de 120 ans – une éternité ! Le projet, dont les 164 planches furent exposées en 1904 à Paris et Rome, décrit une ville de 35 000 habitants bâtie sur un paysage de collines autour d’usines.

Ce pourrait être Lyon. Le modèle architectural industriel au fondement de cette cité a aussi été transposée par Tony Garnier aux logements et aux bâtiments publics, avec une esthétique très épurée. Issue des idéaux socialistes et du livre « Travail » d’Émile Zola, la ville serait auto-suffisante, alimentée par l’énergie hydroélectrique, avec de nombreux équipements collectifs – hôpitaux, écoles, musées, parcs… – et adaptée aux besoins de l’homme à l’ère industrielle, tout en restant au contact de la nature. Les logements devraient être en effet entrecoupés d’espaces verts où circuleraient les piétons.

Le Plan voisin par Le Corbusier

Pour Le Corbusier des années 1920, « urbaniser, c’est valoriser ». Le centre des villes représente ainsi une importante valeur foncière, d’autant plus qu’une technique récente permet de bâtir des tours hautes de dizaines d’étages pour accueillir des centaines de milliers d’habitants. Ainsi est né le projet « Le Plan Voisin », présenté lors de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes en 1925 à Paris. Le projet prévoyait ni plus ni moins de raser les bâtiments historiques de la rive droite de la capitale française, notamment les quartiers du Marais, du Temple et des Archives, pour laisser la place à 18 gratte-ciels cruciformes de 60 étages, sur une cité d’affaires de 240 hectares.

Néanmoins, Le Corbusier avait pressenti que le citoyen urbain avait besoin de nature. Visionnaire, il avait donc songé à créer une cité de résidence couverte d’un maximum d’espaces verts et de vastes jardins, tandis que les habitants seraient logés en hauteur et que les véhicules circuleraient dans les sous-sols. Et pour la mobilité, Le Corbusier avait dessiné au centre du « Le Plan Voisin » une immense place, pour installer une gare, surmontée d’un aéroport.

The Projet Venus par Jacque Fresco

Architecte designer et futuriste américain, Jacque Fresco s’est aussi essayé au cinéma, comme concepteur de maquettes pour des films de… science-fiction. Mais c’est surtout pour son « Projet Venus », initié dès 1975, que Jacque Fresco est connu : une ville circulaire, construite ex-nihilo, conçue comme un organisme vivant en harmonie avec la nature et fondée sur une « économie basée sur les ressources » de l’environnement. Lors de ses conférences sur les villes durables, l’efficacité énergétique, ou la gestion des ressources naturelles, tout au long de sa très longue vie (il a vécu plus d’un siècle), il affirmait qu’un monde sans argent était possible, grâce aux sciences et aux technologies. Le « Projet Venus » a été conçu sur ce principe. Les habitants ne seraient plus contraints à travailler pour satisfaire leurs envies, mais se consacreraient à l’art, aux études, à la recherche. Tout leur serait équitablement fourni. La ville serait alimentée par tous types d’énergies renouvelables. Le dôme central de la cité procurerait des services, comme des crèches, des écoles, des centres médicaux… Des petits dômes extérieurs proposeraient tous les produits et matériaux dont les gens auraient besoin. Jacque Fresco a imaginé autour des centres de recherche puis des centres de loisirs et des résidences, bâtis au cœur d’immenses espaces verts. En périphérie, on trouverait enfin des serres agricoles pour nourrir les habitants.

Les cités fertiles face aux défis du XXIè siècle par Vincent Callebaut

« Métamorphoser nos villes en écosystèmes, nos quartiers en forêts et nos buildings, en arbres habités », tel est le credo de l’architecte belge Vincent Callebaut, célèbre pour ses projets d’écoquartiers futuristes, incluant les énergies renouvelables et l’agriculture urbaine. Comme Le Corbusier en son temps, il a travaillé sur l’avenir de la capitale française et livré un projet pour Paris en 2050. Loin de partager la vision de son prédécesseur, il ne rêve pas de raser Paris. Bien au contraire, il entend redessiner la ville en respectant la beauté des quartiers historiques et en s’appuyant sur les bâtiments existants. Aujourd’hui hyperénergivore, Paris se transformerait en une capitale totalement écologique, capable de nourrir ses habitants, de purifier son air, de recycler ses déchets et de produire sa propre énergie. Vincent Callebaut imagine dresser des tours aux formes tourbillonnantes garnies de potagers. L’idée est de consommer sur place les fruits et légumes que fournirait l’édifice. Les tours seraient couvertes de panneaux solaires, pour produire leur électricité, mais aussi pour alimenter les bâtiments haussmanniens de la ville – bien souvent des passoires thermiques difficiles à isoler. Vincent Callebaut mise en fait sur la solidarité énergétique entre les nouvelles constructions à énergie positive et le parc de bâtiments anciens. Des dalles à sustentation magnétique créeraient de l’électricité à chaque pas des piétons sur les quais de la gare du Nord. La Tour Montparnasse serait entourée d’une « épiderme » d’algues vertes, capables de se nourrir de déchets pour produire de l’énergie. Au cœur de Paris, des mini maisons favoriseraient la mixité sociale : elles deviendraient autant de nouvelles habitations à bon marché pour accueillir les nouveaux-venus des banlieues. Elles prendraient racine sur le toit d’immeubles existants. La Petite Ceinture, ancienne ligne de chemin de fer longue de dizaines de kilomètres, serait bordée de tours dépolluantes, et serait ainsi transformée en poumons purificateurs de Paris.

L’imagination de Vincent Callebaut n’a pas de limite, lorsqu’il s’agit de répondre aux problématiques environnementales actuelles. Pour l’architecte, cette ville verte est envisageable dès maintenant. Certains de ses projets montrent déjà l’exemple : la tour écologique Tao Zhu Garden à Tapei, capitale de Taïwan, vise à économiser 35 tonnes de CO2 par an. L’écologie urbaine est une nécessité pour organiser la transition énergétique vers un monde durable et résister face à l’urgence climatique.

Un article signé OKedito

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