Quand les hôtels prennent un coup de jeune
Et demain ?

Quand les hôtels prennent un coup de jeune

Concurrencée par le modèle Airbnb et challengée par une génération Millenial à la recherche de connectivité, de partage, de design et de lieux tout autant économiques qu’écologiques, l’hôtellerie se réinvente. Des appart-hôtels aux boutiques hôtels, les grands groupes comme les indépendants imaginent les nouveaux codes d’établissements aux couleurs du 21e siècle.

Pour plaire aux jeunes, l’hôtellerie pense et ose des lieux de voyage et de vie hybrides, plus personnalisés. Tout le secteur se lance dans un défi où pour remplir des objectifs économiques, l’imagination et l’innovation sont plus que jamais appelées à la rescousse. A commencer par les appart-hôtels. S’ils proposaient déjà des lieux de résidence temporaires à leurs clients, le succès de la location urbaine entre particuliers et les velléités d’une nouvelle génération surinformée, mobile et entrepreneuse, les obligent à se métamorphoser. Pour les établissements Adagio par exemple, il faut tout faire pour que les clients se sentent chez eux tout en ayant à portée de main le confort et la modernité aujourd’hui exigés. Place donc à la convivialité : « Cela commence par l’accueil qui se transforme en table d’hôte, une cuisine partagée, un espace de coworking, une épicerie fine, une mappe monde où les clients pourront y coller des photos ou des commentaires, un baby-foot et un piano, afin de renforcer les moments d’échanges, ou encore une « bibliothèque d’objets » pour personnaliser son appartement », explique ainsi l’enseigne dans un communiqué. Un nouveau concept implanté dans six apart’hôtels en 2017 et dans 64 établissements d’ici quatre ans.

Entre appart-hôtel, lieu de coworking et offre classique, la nouvelle marque LYF (Live Your Freedom) lancée fin 2016 par le groupe hôtelier singapourien Ascott, surfe aussi sur un nouvel art de vivre et l’échange. Elle va même plus loin en proposant une offre entièrement pensée pour répondre aux jeunes entrepreneurs et startupers voyageant à travers le globe.

Dans des résidences aux univers propres, les clients trouveront ainsi des espaces de co-working facilement transformables en ateliers ou lieux de rencontres. Pour les chambres, même logique : outre les chambres individuelles classiques, les clients peuvent opter pour des chambres jumelles avec cuisine commune, ou des appartements « All Together » composés de quatre à six chambres et partageant une cuisine et un espace travail/détente.

L’ère de l’open hôtel a sonné

Dans cette transformation à l’œuvre, l’hôtellerie ouvre aussi ses espaces en commun pour créer du lien entre les voyageurs et les habitants, favoriser le partage et immerger la clientèle dans la vie locale. Elle veut également accueillir un public plus large en s’ouvrant à tous les budgets et à toutes les expériences. A Paris par exemple, Les Piaules, boutique hôtel ouvert fin 2015 dans le quartier de Belleville, réinvente l’auberge de jeunesse. On y trouve 27 chambres à partager de 4, 6 ou 8 lits-caissons superposés, pour un prix compris entre 25 et 35 euros, et 7 chambres doubles, ambiance zen, au tarif de 100 à 140 euros la nuit.

Partout la literie est de qualité, les sanitaires design, les prises et la connectivité haut débit assurées. Surtout, le lobby des Piaules va totalement à contre-courant des accueils d’hôtel silencieux et normés.

Rien n’indique qu’on peut s’enregistrer. Le client est ainsi accueilli dans une salle où trône un immense bar, un coin canapé, et où les Parisiens s’invitent. « Notre bar offre des produits parisiens tels que la bière brassée à côté de chez nous, du café torréfié à Belleville. Cela permet à nos résidents de s’immerger dans l’ambiance parisienne, d’autant que le bar est ouvert aux clients du quartier qui peuvent venir y boire un verre et profiter de nos animations, concerts et DJ », confiait ainsi son cofondateur, Louis Kerveillant, à Challenges.

Une tendance conviviale et locale également choisie par le groupe AccorHôtel avec son concept hybride Jo&Joe. Le premier établissement du nom, ouvert à Hossegor, propose ainsi des chambres à partager avec une tarification au lit, une cuisine « collaborative » tout comme un restaurant également ouvert à la clientèle extérieure. Et pour cibler la jeunesse attirée par les plages et les activités sportives locales, le groupe a personnalisé l’établissement en s’ancrant dans l’univers du surf grâce à un partenariat avec les marques Quiksilver et Roxy. Une logique qui sera suivie à Paris et Bordeaux, villes où s’implanteront les prochains Jo&Joe en 2019.

Ce créneau Mariott International n’a pas non plus manqué de le prendre en lançant sa marque audacieuse à destination d’un public jeune, dynamique et branché, Moxy. Dans ces hôtels, le lobby offre une ambiance loft avec, notamment un espace travail équipé d’ordinateurs ouvert à tous, un bar toujours ouvert pour boire un cocktail artisanal ou un café « maison » entre amis et jouer, ou encore des canapés pour somnoler. Espaces en commun auxquels s’ajoutent des chambres à la pointe de la technologie. Au Moxy de Times Square, à New York, on vous promet même « une immense douche de plain-pied dont vous ne voudrez plus jamais sortir ». Dans ces établissements, la connexion haut débit est un prérequis et le design « cocon branché » un parti pris. Objectif : faire mieux que des « place like home ».

Un ancrage écolo-connecté

Plus modulables et « open », les espaces hôteliers s’adaptent aussi aux préoccupations de la nouvelle génération pour leur bien-être et celui de la planète. Les établissements Eklo Hotels illustrent parfaitement cette tendance. Leur construction comme leur exploitation suivent donc une démarche éco-responsable : utilisation du bois comme matériau, ampoules Led, récupération de chaleur, autant d’outils choisi pour proposer des lieux durables mais abordables.

Au sein du premier MOB hôtel ouvert à Saint-Ouen, en bordure de Paris, la tendance « green » et « healthy » se confirme dès l’entrée, une fois poussée l’immense porte cochère. Les voyageurs découvrent alors une cour aménagée de terrasses, de pots de fleurs, de tables et d’un écran géant de cinéma. Le restaurant bio propose une carte minimaliste évoluant au gré des saisons dont les plats sont confectionnés avec des produits issus de coopératives agricole. Et pas question de bruncher là bas, « cela gaspille trop de nourriture », explique le chef Brice Morvent. Une attention au bien-être dans l’assiette que déploie aussi l’établissement à tous les étages. Yomade (yoga nomade), méditation, Hip Hop Fusion ou jardinage dans la serre de Julie, placée sur le toit de l’hôtel, tout est pensé pour en faire un lieu à l’image des jeunes et bon pour tous. Et le concept devrait rapidement se multiplier : à Lyon d’abord dans l’éco-quartier tout neuf de Confluence, puis, d’ici à 2020, aux États-Unis à Pittsburgh, Washington, et Los Angeles.

Chez Yooma, autre établissement nouvellement érigé, en plein centre de la capitale française cette fois, l’attention de ses concepteurs a aussi porté sur le bien-être mais pas seulement. Mêlant l’imagination d’Ora-ïto et de Daniel Buren, le concept est éminemment urbain, hautement technologique et design. Résultat : Les clients de la génération Y et les autres peuvent y dormir dans chambres à la modularité étonnante et aux couleurs pimpantes. Le restaurant là encore est bio et cuisine des assiettes faisant la part belles aux produits des 20 000 plants cultivés sur 1 000 m² du toit. Surtout la modernité et l’innovation se mettent partout à la disposition des hôtes. Un robot majordome les accueille pour leur check-in et leur délivre la carte magnétique d’accès à leur chambre. Les chaises du restaurant uniques et signées par un designer sont dotées d’un QR code « scanable » pour savoir où les trouver et à quel prix. Les clients enchantés par un plat au diner peuvent même grâce à un flashcode qui s’affiche sur l’addition récupérer la fiche recette sur le Net.

En bref, l’hôtellerie mue pour offrir des lieux mais surtout des expériences compatibles avec les jeunes nomades éclairés d’aujourd’hui et de demain.

Un article signé Usbek & Rica

Visuel principal : L’hôtel Jo&Joe d’Hossegor, par le groupe AccorHôtel

2020-01-15T10:32:50+01:00 admin