Nous, les plantes et le bien-être au travail
Et demain ?

Nous, les plantes et le bien-être au travail

Vivre des jours heureux, tel est le souhait qui se répand dans nos sociétés. De fait, le « bien-vivre » au travail conquiert lui aussi les esprits. Outre l’importance capitale du bien-être au regard du temps passé au bureau dans toute une vie, celui-ci est également essentiel dans l’amélioration de nos performances à l’ouvrage. De plus en plus d’entreprises font ainsi le choix d’ériger la qualité de vie au travail comme leur fondation. Mais les perspectives de progrès dans ce domaine sont nombreuses. Des années 1990 à nos jours, plusieurs scientifiques ont justement découvert une piste intéressante soulignant le lien positif entre la présence de plantes et le bien-être au travail.

La biophilie architecturale, un modèle visionnaire en plein essor

Cheminons au gré de l’histoire longue de l’Humanité et constatons qu’elle a quasiment toujours vécue au contact direct de la nature. « Quasiment » parce qu’elle s’en est peu à peu éloignée, notamment ces trois derniers siècles, par la maîtrise progressive de son environnement. La rupture survint lors de la première Révolution industrielle, il y a plus de 150 ans, où la nature fut complètement délaissée au profit d’une urbanisation croissante. Et aujourd’hui, un être humain sur deux vit en ville. En 2050, ce taux avoisinera les 65 %.

Pourtant, nous aurions par essence ce besoin de tisser des liens avec le vivant. Edward O. Wilson, biologiste américain, qualifia en 1984 ce phénomène de « biophilie ». Des urbanistes ont par la suite développé la notion de « biophilie architecturale » : une conception visant à faire émerger faune et flore en terres citadines, aussi bien à l’extérieur qu’en intérieur. Et Jason F. McLennan, architecte canadien et chef de file de la construction verte, de la décliner en 6 points : une perception des saisons facilitée , une vue sur l’extérieur et un éclairage naturel , le contrôle par l’occupant des facteurs température, ventilation et lumière naturelle , un chauffage et une ventilation naturels , un éclairage principalement d’origine naturelle , et l’utilisation de matériaux faciles d’entretien, sobres et durables.

« Le retour à la nature n’est pas une idée nouvelle en architecture, explique néanmoins Dwayne MacEwen, architecte chez DMAC. Mais je pense qu’il occupe une place plus importante dans le monde d’aujourd’hui où l’on ne lâche plus nos appareils électroniques et où les gens vivent de plus en plus dans les zones urbaines ». En somme, faudrait-il bien se déconnecter pour mieux se reconnecter ?

Les plantes d’intérieur pour notre bien-être au travail

Être apaisé et satisfait, voici le diptyque du bien-être. Selon une étude britannique parue en 2014 dans le Journal of Experimental Psychology, notre productivité augmenterait d’environ 15 % lorsque des plantes sont disposées sur notre espace de travail. Cet apport serait précisément lié à la sensation de bien-être que procurent ces dernières.

Et justement, la communauté scientifique s’accorde désormais pour dire que ce sentiment est une condition indispensable non seulement à nos performances au travail, mais également à notre stabilité intérieure. En effet, nous sommes d’autant plus attachés à notre entreprise qu’elle nous offre un cadre agréable pour travailler. Les plantes sont donc à ce titre des vecteurs d’intégration sociale.

Par ailleurs, d’après une étude parue en 1998 dans la revue britannique Environment & Behavior, ces morceaux de verdure améliorent nos relations au sein de notre entreprise. D’une part, nous faisons naître une solidarité entre chacun par l’entretien coopératif de ces « zones vertes ». D’autre part, nous développons le sentiment qu’on nous apporte de l’attention, qu’on est soucieux de notre bien-être au travail. Nous pourrons ainsi partager d’autres moments dans l’aménagement d’une nouvelle aire de repos et de détente – imaginons à ce sujet la création d’un espace de travail collaboratif tel qu’un potager !

Du végétal contre les maladies

Si les plantes ont cet effet de contribuer au calme et à la stabilité au sein d’une entreprise, elles ont également des bienfaits sur notre santé. « Nous pouvons même prévoir que l’utilisation de plantes d’intérieur peut affecter les absences dues aux maladies », affirmait d’ailleurs Tove Fjeld, scientifique norvégien, dans une étude qu’il a publiée en 2000. En comparant avec un groupe témoin, il a en effet constaté une forte baisse des symptômes du quotidien chez les personnes travaillant dans un environnement qui comporte des plantes : pour les symptômes dermatologiques (rougeur, démangeaison), ORL (sensation d’étouffement, toux) et neuropsychologiques (fatigue, migraine, nausée), on assiste à des réductions respectives de 17 %, 24 % et 34 %.

Ces effets positifs sont multipliés quand nous avons vue sur des espaces de verdure –champ de fleurs, forêt, littoral, montagne… –, en plus d’une présence intérieure de plantes. Ce phénomène d’ « effet fenêtre » a été découvert par Tina Bringslimark en 1998. Précisons toutefois que les plantes ne fonctionnent pas comme un placebo. Elles peuvent en effet jouer un rôle important dans l’amélioration de la qualité de l’air, notamment si elles sont associées à un système d’aération efficace. Certaines plantes – Nephrolepis exaltata ou Spatiphyllum par exemple – ont cet atout de filtrer des polluants courants dans les bureaux, comme le monoxyde de carbone, le benzène et le formaldéhyde.

Chacun de nous se souvient de l’apaisement procuré par une promenade en forêt, par un voyage à la montagne, par la beauté d’un soleil couchant : bref, par un regard vivifiant sur la nature. Alors qu’est-ce qu’on attend pour goûter à ce bonheur au travail ?

Un article signé Marius, étudiant à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye

Pour aller plus loin :

• Kaplan Stephen, “The restorative benefits of nature: toward an integrative framework”, Journal of Environmental Psychology, 1995
• Pyrgas Mike, Beale Di, Lawrence Claire, Leather Phil, “Windows in the Workplace: Sunlight, View, and Occupational Stress”, Environment & Behavior, 1998
• Fjeld Tove, “The effect of plants and artificial day-light on the well-being and health of office workers, school children and health care personnel”, 2000
• Demers Claude, Potvin André, « Productivité durable : vers une biophilie architecturale », 2008
• Bringslimark Tina, Hartig Terry, Patil Grete G., “The psychological benefits of indoor plants: A critical review of the experimental literature”, Journal of Environmental Psychology, 2009
• Nieuwenhuis Marlon, Knight Craig, Postmes Tom, S. Alexander Haslam, “The Relative Benefits of Green versus Lean Office Space: Three Field Experiments”, Journal of Experimental Psychology, 2014
• Browning William, Ryan Catherine, Clancy Joseph, “14 Patterns of Biophilic Design” [« 14 Modèles de conception biophilique »], 2014

Crédits header : Daniel Funes / Unsplash