La géolocalisation au travail : gadget, menace ou réelle opportunité ?
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La géolocalisation au travail : gadget, menace ou réelle opportunité ?

16.05.2018

Coworking, nomadisme professionnel, bureaux non attribués, les environnements de travail se font plus libres et plus ouverts. Résultats les collaborateurs sont plus mobiles. Pour les accompagner dans leurs divers déplacements dans l’entreprise et retrouver leurs collègues dispersés dans des espaces dynamiques, une solution commence à se déployer : la géolocalisation indoor. Pratique, simple et intuitif, ce nouvel outil pose toutefois des questions éthiques. Enquête sur une pratique émergente.

Pour offrir des espaces qui donnent envie, engagent et autonomisent, les environnements de travail deviennent  des lieux multi-choix et ouverts. Au gré de leurs activités, les collaborateurs peuvent donc s’asseoir quelques heures à un bureau non occupé, téléphoner sans brouhaha dans une phone box, trouver la salle de réunion répondant à leurs besoins, faire du sport ou se détendre.

Cette nouvelle culture transpose dans l’entreprise les enjeux de circulation et de localisation que chacun d’entre nous rencontre à l’extérieur. Et qui n’utilise pas aujourd’hui un GPS ou Waze pour se déplacer en voiture, ou une application pour connaître le meilleur trajet à effectuer en transports en commun ?

Voilà les deux tendances à l’origine du développement de la géolocalisation au travail, selon Pierre-André Svetchine, fondateur et CEO de Cowork.io, société qui développe un outil complet de gestion des espaces de travail flexibles. « Quand un grand nombre de travailleurs commence à avoir cet usage dynamique de l’espace dans un bâtiment d’entreprise, il n’est pas dit que chacun trouve rapidement le lieu dont il a besoin. Avec les technologies de géolocalisation indoor, le téléphone d’une personne va être capable de lui dire où est la phone box la plus proche, la salle de réunion la plus proche… », explique-t-il.

La technologie de géolocalisation va donc intervenir en support pour lui dire quel ascenseur prendre, à quel étage s’arrêter et comment se diriger dans les couloirs pour rejoindre la dite salle.

Des technologies spécifiques pour localiser en intérieur

Pour rendre ces services, les technologies de géolocalisation indoor ne peuvent s’appuyer sur des satellites GPS. Car tout bâti bloque ces signaux. Aujourd’hui, trois technologies retiennent l’attention. Celles qui s’appuient sur le Bluetooth ou le NFC d’abord. Le déploiement de beacons, des balises Bluetooth low energy, permet en effet d’avoir un suivi de l’utilisateur très précis pour un coût d’installation économique. « L’inconvénient majeur de cette technologie est d’être assez intrusive. Car si le téléphone se localise par rapport aux signaux, les sources des signaux localisent aussi le téléphone, ce que ne fait pas un GPS », avertit Pierre-André Svetchine.

Autre technologie aujourd’hui étudiée, la LiFi, c’est-à-dire l’utilisation des signaux lumineux pour géolocaliser un appareil, est efficace mais très cher à déployer. Tant que les éclairages LiFi n’auront pas vu leur prix s’infléchir, cette technologie aura du mal à s’imposer dans les grands bâtiments d’entreprises.

Reste les technologies de géolocalisation basées sur le WiFi. Ce sont aujourd’hui les plus prometteuses selon le CEO de Cowork.io. « Aujourd’hui, les nouvelles bornes WiFi ne coûtent rien ou presque, et permettent d’émettre dans toutes les directions avec un signal très puissant. De plus, elles ont l’intérêt d’apporter une connectivité très performante dans un bâtiment. Chaque collaborateur va donc pouvoir bénéficier de plus de ressources wifi pour utiliser ordinateurs, tablettes, Smartphone et autres montres connectées. La géolicalisation est un usage supplémentaire », argue Pierre-André Svetchine.

Des technologies intrusives ?

Toutefois certains s’interrogent. Si la géolocalisation peut permettre à un collaborateur d’utiliser efficacement et simplement ses espaces de travail, ne donne-t-elle pas, par ailleurs, des outils de contrôle à l’entreprise ? Les dirigeants et managers ne peuvent-ils pas s’en servir pour épier les faits et gestes des travailleurs dans l’entreprise, et savoir par exemple combien de temps ils ont passé à la cafeteria ?

C’est pourquoi il faut surtout savoir pour quels usages une technologie se déploie. « Selon moi, pour la géolocalisation intérieure, il est nécessaire de se concentrer sur les collaborateurs. Ils ont d’une certaine façon pris le dessus sur l’entreprise, estime Pierre-André Svetchine. Aujourd’hui les travailleurs ne s’accrochent plus à une entreprise qui leur offre un emploi et les dirigeants en sont conscients. Toutes les technologies que l’on va retrouver au sein d’un bâtiment doivent donc s’orienter vers l’utilisateur ». Tout détournement sous forme de contrôle mènerait finalement l’employeur à perdre ses ressources humaines.

En revanche, qui dit travailleur nomade dit responsabilité de l’entreprise sur le plan juridique et des assurances. Disposer d’un outil de géolocalisation peut donc être une réponse aux exigences réclamées dans ce cadre. Ce qui ne donne en aucune mesure l’autorisation à un manager de suivre un membre de son équipe à la trace.

Finalement deux éléments sont centraux pour ne pas craindre la généralisation d’une ère du Big Brother au travail. « D’abord, les technologies s’insèrent dans toutes nos habitudes car elles sont efficaces et nous apportent un réel service. Sans cela, elles ne sont que gadgets. Ensuite, le fait qu’elles permettent de partager des informations induit une notion de confiance. Partager sa position avec ses collègues se passe très bien si on est dans une logique de confiance. Cela fait partie des leviers de transformation culturelle des entreprises d’aujourd’hui et de demain », poursuit le fondateur de Cowork.io.

La généralisation passera par l’adoption

Aujourd’hui nombre de start-up ou de grands groupes travaillent donc au développement de technologies simples d’utilisation et tournées vers une excellence servicielle. C’est le cas de Mapwise, par exemple, une plateforme de cartographie indoor qui permet la gestion et l’utilisation des plans des bâtiments dans des applications. « Elle est utilisée pour de nombreux usages dans les immeubles de bureaux : guidage des visiteurs (wayfinding), affichage dynamique des salles de réunions et des postes de travails disponibles, localisation des équipements techniques pour les équipes de maintenance ou encore digitalisation des plans de sécurité incendie », explique le cofondateur et CEO de la start-up, Médéric Morel.

« Les logiciels de gestion comme CoWork.io permettent de combiner la technologie de géolocalisation indoor avec une multitude d’autres services : réservations d’espaces, réseau social interne, marketplace de services, etc, précise de son côté Pierre-André Svetchine. L’idée c’est, à la manière de Waze, de contextualiser la géolocalisation ».

Si Waze permet de trouver l’itinéraire le plus court, il donne aussi l’opportunité de bénéficier des observations d’autres automobilistes ou de trouver la station service la plus proche offrant le carburant choisi par l’utilisateur au prix maximum indiqué. « A l’intérieur d’un bâtiment, les applications de gestion de l’espace vont permettre à un collaborateur de trouver la salle de réunion libre, adaptée pour 3 personnes, équipée pour une visioconférence de qualité, et de la rejoindre sans passer par une batterie d’ascenseurs bondés. Une seule donnée ne va jamais permettre un bon usage, c’est un ensemble de données : le paramètre espace, le paramètre fréquentation, le paramètre service disponible… », détaille le CEO de Cowork.io.

Pour lui, rendre obligatoire à la géolocalisation n’a donc aucun sens. Elle finira par être adoptée. Comme aux débuts du GPS, nombre de personnes ne voient pas l’intérêt de l’outil dans leur entreprise. « Mais quand ils auront expérimentés les usages, et qu’ils en verront les bénéfices, ils s’en empareront ».

Un article signé Usbek & Rica

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