Hôpitaux du futur : architecture et technologies au service du patient
Et demain ?

Hôpitaux du futur : architecture et technologies au service du patient

A Montréal, Nantes ou Bruxelles, l’hôpital se réinvente.

Récemment mis en service ou en chantier, les nouveaux établissements de soin s’appuient sur les nouvelles technologies et des infrastructures pensées pour fluidifier le parcours patient, diminuer les temps d’hospitalisation et encore mieux accueillir les accompagnants. Plus ouverts sur l’espace public, les hôpitaux de demain disposent d’un bâti évolutif, ergonomique et automatisé.

Les heures d’attente aux urgences, l’atmosphère froide des salles d’hôpitaux et l’indisponibilité de professionnels de santé trop surchargés seront bientôt de mauvais souvenirs. C’est du moins la promesse faite par les acteurs engagés dans la transformation de l’hôpital.

Pour demain, ils conçoivent aujourd’hui des établissements dont l’architecture et la modernité doivent mettre le vivant au centre du parcours de soin. C’est ainsi qu’au Québec vient d’ouvrir la première partie du nouveau Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). Projet ambitieux lancé en 2009, il donne un visage à l’hôpital du XXIe siècle. D’ici décembre 2017, il regroupera ainsi trois anciens hôpitaux de la ville en un. Première innovation, il s’insère comme un élément architectural à part entière dans le paysage urbain. Depuis la rue, les passants peuvent ainsi voir les immenses espaces d’accueil où se mêlent lumière naturelle et art. « En fait, plusieurs des éléments architecturaux peuvent être considérés comme des œuvres d’art en soi, notamment l’amphithéâtre, le clocher ou l’espace de recueillement. Le meilleur exemple est sans doute la passerelle de la rue Sanguinet, un pont aérien d’où émerge une arche lumineuse créée à partir d’un jeu graduel de perforations dans son revêtement en cuivre », confie l’un des architectes associés du projet, Azad Chichmanian.

Ainsi faisant ses concepteurs ont pensé offrir un environnement agréable, apaisant et favorisant la guérison aux patients. Mais ils l’ont aussi conçu pour améliorer leur parcours de soins. Pour ce faire, l’hôpital compte 772 chambres, 39 salles d’opération, dont trois dites hybrides, et plus de 400 salles d’examen. Chaque chambre possède de larges ouvertures pour faire entre la lumière naturelle et un espace dédié à la famille. De plus, 70 véhicules autoguidés ou chariots connectés assureront quotidiennement un peu plus de 3 500 déplacements de matériel en suivant des tracés précis. Résultat, soulignent les équipes du nouvel hôpital, « nous arrivons dans un siècle nouveau où le personnel médical n’a plus à pousser des chariots ou à faire l’inventaire du matériel. Le fait de libérer les cliniciens des activités logistiques constituera un grand avantage pour les patients : ces derniers continueront à recevoir les meilleurs soins et services, prodigués par le personnel soignant, qui pourra se consacrer davantage à eux ».

Regrouper, fluidifier, automatiser

Cette logique visant à sublimer le lieu de l’hôpital et à en faire une somme d’instruments au service des patients et de leurs familles est celle suivie ailleurs dans le monde. A Bruxelles, le projet Delta actuellement en chantier a choisi d’organiser les déplacements des patients depuis un atrium central pour faciliter leur mobilité, et réduire les distances pour aller réaliser des examens par exemple. La technologie, quant à elle, est partout. « Il n’y a aucune clef malgré la présence de 4500 portes. Elles sont soit activées par des ventouses, soit par des serrures digitales », précise Bernard Leleu, directeur du projet Delta.

A Lille, depuis 2011 un cluster d’entreprises de la santé et le CHRU ont lancé le projet « Concept Room » pour imaginer les chambres, maisons de retraites ou espaces à domicile connectés de demain. Dans les hôpitaux, ils ont conçu des chambres interactives avec des tablettes ou écrans tactiles permettant aux patients et aux soignants d’accéder au dossier médical, ou à des applications de relaxation. Un concept aujourd’hui éprouvé pensé pour être intégré dans de nouvelles structures ou dans un bâti existant.

A Saint-Ouen-l’Aumône, la maison de retraite du Parc a profité de son extension pour installer un sol connecté. Objectif : permettre au personnel de détecter rapidement les chutes d’un résident dans sa chambre, ou d’analyser les déambulations nocturnes associées à certaines pathologies.

A Nantes, le futur CHU ne sera achevé qu’en 2026. Un projet d’envergure qui une fois encore veut révolutionner l’organisation des soins. L’idée étant de développer des traitements plus personnalisés et de favoriser le retour rapide du patient à son domicile. Objectif : passer de 55% de séjours ambulatoires aujourd’hui (séjour durant moins de 12h) à 64% quelques mois après l’ouverture. Et pour ce faire, le futur hôpital nantais misera sur une numérisation des données patients et l’usage d’objets connectés pour assurer un suivi à distance. Raison pour laquelle, outre les différents bâtiments de soin et de recherche médicale, le CHU sera doté de deux datacenters pour sauvegarder la masse de données enregistrée.

Ainsi, tandis que les robots chirurgiens permettent par exemple d’effectuer des opérations plus rapides, moins invasives et plus sûres, le déploiement des technologies dans la santé vient réduire les temps d’hospitalisation et favoriser la prise en charge à distance. Des applications se développent en ce sens : l’application britannique Push Doctor permet notamment d’effectuer une consultation en vidéoconférence, et au praticien de rédiger une ordonnance en ligne, accessible aux pharmaciens.

La numérisation des hôpitaux est ainsi identifiée comme un élément central de modernisation et doit être intégrée par les architectes.

Le BIM, outil pour concevoir et opérer les hôpitaux de demain

A cet égard notamment, la conception digitalisée des bâtiments est une aide précieuse pour les architectes, surtout dans les hôpitaux dont les réseaux de circulation, d’énergie ou d’informations sont très complexes. Outre l’utilisation de la maquette numérique, ils s’appuient donc de plus en plus sur le BIM (Building Information Modeling). Il permet d’établir des modèles virtuels en fonction de tous les paramètres voulus par le constructeur et de visualiser tout problème potentiel avant la mise en chantier.

Une petite révolution qui pourrait aussi permettre d’exploiter les hôpitaux tout au long de leur vie. Interrogé par Batiactu, Jacques Roos, président d’Ingénieurs hospitaliers de France (IHF), rappelle ainsi que  les bâtiments hospitaliers « sont devenus tellement complexes que nous ne pouvons pas les gérer sans les outils numériques ».

Quoiqu’il en soit, l’usage du BIM est aussi prisé par les inventeurs de l’hôpital du futur pour des raisons économiques. Les projets réalisés ou en cours de réalisation se chiffrent ainsi à plusieurs centaines de millions d’euros. Et la visualisation offerte par le BIM permet d’éviter les dépassements de budgets.

Une chose est sûre, pour accueillir et soigner les patients de demain, l’hôpital voit loin et grand.

Un article signé Usbek & Rica

Crédits header : CannonDesign + NEUF architect(e)s

2020-01-14T15:36:37+01:00 admin