Alexandre Jost : « La liberté est l’une des clés de l’épanouissement au travail »
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Alexandre Jost : « La liberté est l’une des clés de l’épanouissement au travail »

01.03.2017

Diplômé de l’Ecole Centrale Paris, entrepreneur heureux et épanoui, Alexandre Jost a fondé en 2010 la Fabrique Spinoza, un think-tank destiné à replacer le bonheur au cœur de la société. Rencontre avec un fervent militant du bien-être et de l’épanouissement au travail.

Quel est le coût du stress au travail et quels indicateurs permettent aujourd’hui de mesurer le bien-être au travail ?

La fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound) évalue à 3% du PIB le coût du stress au travail en France. D’après une étude de Mozart Consulting, une amélioration de 10 % de la qualité de vie au travail pourrait générer une croissance de un point du PIB. Il ne faut pas prendre ces chiffres à la lettre, mais le bonheur au travail peut être un véritable levier pour la croissance.

Concernant les outils de mesure du bien-être au travail, quelques sondages sont menés par des observatoires mais il n’existe pas encore d’indicateur national complet et nous réfléchissons à en créer un. Parallèlement, on observe un nombre croissant d’indicateurs que les cabinets de conseils vendent aux entreprises. Il en existe aujourd’hui une cinquantaine comme Great Place to Work®, celui de Malakoff Médéric ou du Mars Lab. Chacun de ces outils rassemble entre 10 et 150 questions auxquelles les salariés sont invités à répondre sur des sujets aussi variés que les conditions de travail, le management, la formation, les relations sociales dans l’entreprise… A la Fabrique Spinoza, nous identifions 12 critères déterminants pour bien évaluer le bonheur au travail comme notamment la relation au temps et à la vie privée, la sécurité de l’emploi, l’éthique et les valeurs…

Quelles actions peuvent facilement être mises en place pour favoriser le bien-être des collaborateurs ?

Je pense à un exemple intéressant qui se base sur des études de psychologie positive. Un cabinet d’audit anglo-saxon a incité ses salariés à faire des « exercices de gratitude » tous les matins. Il s’agissait de dire « merci » de différentes manières. Merci pour soi, merci à ses collègues, et un dernier merci pour les tâches accomplies. Cette petite action toute simple a généré de grands bienfaits pour les collaborateurs et a eu impact positif sur les performances.

Un autre exemple plus structurant consiste à instaurer au sein de l’entreprise des réunions fréquentes où les équipes réfléchissent et s’interrogent sur comment mieux travailler ensemble. C’est un héritage des cercles de qualité des années 1970. Cela a l’air tout simple mais ça fonctionne très bien. Cela crée un espace d’échanges, de réappropriation de son travail et favorise l’innovation. Cela permet aussi d’éviter les tensions et de gagner en sérénité et en efficacité.

Comment expliquez-vous que la France soit en retard concernant la prise en compte du bonheur au travail ?

Je pense qu’une des raisons principales est que la France est un pays très hiérarchisé, une société héritière de l’ancien régime où le statut est très important. Pourtant, la liberté psychologique est une des clés de l’épanouissement au travail. Selon le sociologue Geert Hofstede, la France est l’un des pays européens où l’indice de distance hiérarchique est le plus élevé, c’est à dire que nous sommes l’un des pays où l’individu est le plus assujetti à l’autorité. Si elle est nécessaire, une trop forte hiérarchie bride la liberté, la capacité d’épanouissement, d’innovation et empêche bien souvent l’évolution de la gouvernance de l’entreprise.

Ensuite, si on compare avec les pays de culture anglo-saxonne, le bonheur n’est pas un sujet très considéré en France. Le bonheur a du mal à être considéré de manière sérieuse notamment pas des actionnaires même si c’est progressivement en train de changer…

Quelles actions La Fabrique Spinoza propose-t-elle aux entreprises souhaitant s’engager dans cette voie ?

La Fabrique Spinoza est une association qui offre un savoir scientifique sur le bonheur au travail, des réflexions, des études, des rapports. Ensuite nous avons un cabinet de conseil, Action Spinoza, possédé à 100 % par l’association qui propose des interventions aux entreprises, de la sensibilisation, de la formation, des constructions de communautés autour du bonheur au travail et des événements de transformation au sein des entreprises. Nous avons également organisé la première Université du Bonheur Au Travail en octobre 2015 et une nouvelle édition verra le jour en 2017.

Un article signé Usbek & Rica

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