Respirez : le bâtiment soigne son air intérieur
Et demain ?

Respirez : le bâtiment soigne son air intérieur

Loin derrière l’efficacité énergétique, la pollution de l’air intérieur a longtemps été reléguée au second plan dans le bâtiment. Nous passons pourtant la grande majorité de notre temps – 80 à 90 % – dans des espaces clos, entre le logement, les transports, l’école, le bureau… L’air que nous y respirons a forcément une incidence sur notre santé. Aujourd’hui, à l’ère du smart building, la filière du bâtiment a pris conscience du problème et engage des expérimentations.

L’OMS  considère que la qualité de l’air intérieur est un enjeu de santé publique : à l’échelle mondiale, 4,5 millions de morts prématurées seraient liées à la qualité de l’air intérieur. En France, l’Anses estime que 28 000 nouvelles pathologies et 20 000 décès chaque année sont imputables à l’exposition domestique à des polluants.

La qualité de l’air, une préoccupation dans le bâtiment

Le sujet de la santé est encore peu adressé dans le bâtiment. Or l’air intérieur est au moins 5 fois plus pollué que l’air extérieur, parce qu’une culture du confinement a été instaurée pour diminuer le gaspillage énergétique. La lutte contre la pollution intérieure est désormais engagée, notamment depuis que la loi « Grenelle 2 » a confié à l’ADEME une mission sur la qualité de l’air.

La qualité de l’air intérieur, une opportunité d’innovation

« La qualité de l’air dans le bâtiment doit être aujourd’hui vue comme une opportunité, a martelé Suzanne Déoux, médecin et experte en ingénierie de la santé dans le bâtiment, lors du dernier Colloque Défi Bâtiment Santé. La détérioration progressive de l’air de nos espaces intérieurs et ses impacts sanitaires imposent et accélèrent en effet l’innovation, portant à la fois sur les matériaux, les outils de mesure, ou les méthodologies. » L’action pour la préservation d’une bonne qualité de l’air intérieur doit donc s’articuler autour de plusieurs leviers pour être efficace. « C’est précisément la démarche pluridisciplinaire engagée par notre consortium sur la qualité de l’air intérieur composé de sept industriels de la chimie et acteurs de l’immobilier, confie Jean-Philippe Andrieu, Directeur des équipements de GA Smart Building. Des fabricants de filtres, de revêtements de sol et muraux, de colles, de peintures, de matériaux pour le bâtiment et un constructeur. Chacun apporte sa contribution à l’expérimentation. » 

Un démonstrateur pour allier qualité de l’air et performance énergétique

L’objectif du consortium est de garantir une qualité d’air intérieur optimale dans les bureaux professionnels, tout en assurant une excellente performance énergétique du bâtiment. Durant un an, un démonstrateur installé dans les bureaux de GA Smart Building à Toulouse teste les produits et la pertinence des solutions des industriels partenaires. Une première salle de réunion sert de laboratoire. Elle a été équipée de matériaux peu émissifs, décorée avec de la peinture dépolluante, dotée d’un système de ventilation et de renouvellement d’air performant et appareillée avec une batterie de capteurs et d’outils de mesures. Une seconde salle de réunion identique est équipée de matériaux standards, pour servir de témoin.

La mesure dynamique des polluants, une manière efficace d’améliorer la qualité de l’air

« Cette expérimentation est réalisée dans le cadre de la vraie vie dans l’entreprise, » décrit Jean-Philippe Andrieu. Les mesures ont été réalisées par différents dispositifs : des capteurs classiques au CO2, une box électronique qui quantifie les polluants prioritaires de l’air intérieur (formaldéhyde, composés organovolatils (COV) lourds, particules fines 2,5 à 10 µm…), des colonnes de chromatographie gaz qui séparent le benzène et le toluène trouvés dans les matériaux du mobilier… Cette phase de mesures est essentielle. Comme pour l’efficacité énergétique, le simple fait de mesurer déclenche l’action et permet de réduire les taux de polluants de l’air.

La qualité de l’air, une réalité complexe

Cette phase a aussi montré aux industriels que la qualité de l’air intérieur est une réalité complexe. « Nous avons par exemple observé des pics de pollution importants dans la salle de réunion à chaque fois que le ménage était effectué. » Si la solution relève de l’évidence (changer les produits ménagers par des produits plus écologiques et activer la ventilation), elle conduit aussi à montrer toute l’importance des mesures en continu de l’air intérieur et des systèmes de renouvellement d’air. « Même si les matériaux des meubles sont peu émissifs et les peintures dépolluantes, les pièces contiennent des polluants : ceux qui proviennent de l’air extérieur, souligne Jean-Philippe Andrieu. Une ventilation adaptée est donc incontournable. »

Et pour mesurer les polluants de l’air en continu, GA Smart Building a décidé d’adopter une stratégie astucieuse. Dès juillet 2018, les plafonniers installés dans ses bâtiments intelligents intégreront des capteurs électroniques de mesure du formaldéhyde reliés au système de renouvellement d’air. « Mieux : nous collaborons avec Partnering Robotics, pour qualifier un robot, véritable centrale de mesures mobile qui évoluera dans les bureaux professionnels, conclut Jean-Philippe Andrieu. Notre ambition, c’est de concevoir le bâtiment pour qu’il respecte l’environnement, mais aussi pour qu’il assure le bien-être au travail de ses occupants et protège leur santé. »

Les sept industriels du consortium sur la qualité de l’air intérieur

• Camfil – concepteur et fabricant de solutions de filtration
• Gerflor – concepteur et fabricant de revêtements de sol, muraux et éléments de finition
• Hager Services – fournisseur de solutions et services de mesures environnementales
• MAPEI – concepteur et fabricant de colles et de produits chimiques à destination du bâtiment
• Saint-Gobain – concepteur et fabricant de matériaux à destination du bâtiment
• Unikalo – concepteur et fabricant de peintures
• GA Smart Building – promoteur, constructeur et industriel

Un article signé OKedito