Le bois dans la construction, un matériau qui a de l’avenir
Et demain ?

Le bois dans la construction, un matériau qui a de l’avenir

19.04.2018

Le bois possède des atouts que le secteur de la construction a longtemps oubliés. Face au béton, il a été cantonné à l’élaboration de cabanes, ou, à celle, plus pittoresque, de chalets. Mais face aux enjeux d’urbanisation croissante et de lutte contre le réchauffement climatique, nombre d’acteurs s’emploient aujourd’hui redonner ses lettres de noblesse au bois dans la construction. Et les projets d’immeubles, de tours ou de stades bâtis en bois fleurissent partout sur la planète. Zoom sur l’avenir de la construction bois.

En Europe, en Asie ou en Amérique du nord, des projets immobiliers en bois de plusieurs étages sortent de terre. Tandis que la tendance concernait jusqu’ici les maisons individuelles, elle s’étend aujourd’hui en ville et à la verticale. Inauguré en 2009, le Stadthaus, un bâtiment de 8 étages à Londres, a été le premier à se démarquer. C’était alors le plus haut du monde. Et depuis il a non seulement été dépassé, mais les projets intégrant du bois dans la construction pleuvent. Déjà détentrice du record de hauteur en bois avec le centre culturel Le Barents s’élevant sur 17 étages à Kirkenes, la Norvège devrait battre son propre record avec l’achèvement, fin 2018, du « Mjøstårnet ». Bâti dans la petite ville de Brumunddal, au nord d’Oslo, cet immeuble à usage mixte abritera appartements, bureaux, espaces communs ou un restaurant sur 18 étages pour une hauteur totale de 80 mètres.

Les projets immobiliers en bois se multiplient aussi en France. Bordeaux inaugurera ainsi l’été prochain le plus grand immeuble en ossature bois de bureaux du pays. Implanté dans le quartier Euratlantique, il proposera 4 600 m² de surface répartie sur 7 étages et s’élèvera à 30 mètres. GA Smart Building participera à la construction de la Tour Silva qui développe 18 étages sur 50 mètres de haut, avec 80 % de bois.

Pour relever le défi de la hauteur, le Japon s’illustre tout particulièrement. Tandis que le futur stade olympique de Tokyo aujourd’hui en construction sera principalement fait de cèdre et de mélèze, la société Sumotomo Forestry a récemment annoncé qu’elle prévoyait de construire une tour d’habitation de 350 mètres pour fêter ses 350 ans. Un anniversaire qui aura lieu en 2041 et donne donc moins de 15 ans aux ingénieurs pour qu’elle contienne au moins 90 % de bois.

Le bois dans la construction, un matériau très performant

Autant d’exemples en faveur de l’avenir de la construction bois et qui soulignent que le bois sera un des matériaux de construction avec lesquels il faudra compter demain. Ce n’est pourtant pas un matériau récent. Le plus ancien bâtiment en bois du monde sauvegardé, le temple Horyuji, se trouve ainsi au Japon et date du VIIe siècle.

« Ce n’est pas un matériau du futur, c’est un matériau de toujours. En réalité, on sort d’une période qui a considéré, un peu flouée par le progrès, que les matériaux les plus nouveaux étaient forcément les plus performants », analyse Pascal Triboulot, ancien directeur de École nationale supérieure des technologies et industries du bois, et actuel président du pôle universitaire de Lorraine (INP).

Lorsqu’il donne des cours de mécanique des structures, cet expert rompu au bois et à ses avantages, aborde la question en parlant d’élancement, soit le rapport entre la hauteur et la largeur. Et si la tour la plus haute au monde, à Dubaï, a un élancement de 5, le Séquoia lui, un arbre pouvant atteindre 100 mètres de haut, a un élancement de 10. « C’est une prouesse en termes de structure. Comme quoi la modernité ne se trouve pas forcément là où on pensait qu’elle était. Aujourd’hui, nous avons donc particulièrement intérêt à nous inspirer de ce que fait la nature. Et de nombreuses disciplines naissent justement pour reproduire ses aptitudes », explique Pascal Triboulot.

Pourtant la résistance du bois aux aléas climatiques et incendies, ou ses capacités thermiques sont parfois interrogées. C’est une erreur. Comparé aux autres matériaux, le bois résiste particulièrement bien au feu. Il transmet 10 fois moins vite la chaleur que le béton et 250 fois moins vite que l’acier. Il n’explose pas mais brûle en se consumant lentement.

Il conserve aussi plus longtemps que les autres matériaux ses capacités mécaniques et de portance. Et il a des qualités isolantes sans nul pareil. « Car il est plein de vide. Il a ainsi un coefficient de conductivité thermique très inférieur à celui de l’acier mais aussi du béton », précise Pascal Triboulot.

Certes « le bois est plus léger que le béton mais cela n’en fait pas un matériau moins résistant, poursuit-il. Et cette légèreté est même un avantage. Car il est plus facile à transporter et plus aisé à mettre en œuvre lors de constructions. N’oublions pas que nous nous dirigeons vers une densification urbaine importante et donc vers plus de verticalité. Il faudra certainement rajouter des « couches » sur des bâtiments existants, et donc utiliser les matériaux les plus performants et les plus légers possibles ».

Le bois, un matériau vraiment durable

En effet, la croissance démographique globale et l’urbanisation engendrent un besoin croissant de logements en ville : 1 milliard devront être construits d’ici 2025, selon Michael Green, architecte pionnier de la construction bois.

Un défi qu’il est impossible de décorréler de la lutte contre le réchauffement climatique. Car la construction et l’environnement construits comptent aujourd’hui pour 20% des émissions de gaz à effet de serre selon le GIEC.

Le bois s’impose donc parmi les matériaux avec lesquels il faudra compter pour l’avenir. C’est d’abord le seul matériau de construction renouvelable et présent massivement sur la planète. A condition bien sûr qu’il soit exploité de manière raisonnée, pour assurer la pérennité des espaces forestiers. Les réserves européennes s’établissent ainsi à 20 milliards de m3 et continuent d’augmenter de plus de 170 millions de m3 par an. C’est aussi le seul matériau qui, pour être produit, n’émet aucun CO2.

Le bois appartient à la filière sèche et n’a besoin pour être produit que d’énergie solaire. « Il stocke le carbone et est le seul matériau de construction qui pousse » souligne Pascal Triboulot. Un bilan très positif auquel il faut ajouter la très bonne recyclabilité du bois.

Aujourd’hui, la recherche s’active donc pour répertorier les espèces d’arbres présentes localement et particulièrement adaptées à la construction. D’autres tendent à mieux comprendre la résistance naturelle des arbres pour améliorer encore l’usage du bois dans la construction.

Un article signé Usbek & Rica

Crédits header : Photo by rawpixel.com on Unsplash

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