Bois dans la ville : zoom sur 5 projets emblématiques
Et demain ?

Bois dans la ville : zoom sur 5 projets emblématiques

Matériau de toujours, le bois trouve aujourd’hui une nouvelle jeunesse et inspire les architectes du monde entier pour construire les bâtiments de demain. De Tokyo à Vancouver en passant par Vienne, Londres ou Hillerød au Danemark, les projets de construction en bois se multiplient. Stades, hôpitaux ou tours d’immeubles, zoom sur 5 initiatives internationales illustrant la place donnée au bois dans le futur urbain.

Comme l’expert Pascal Triboulot l’esquissait dans l’article « Le bois, un matériau de construction qui a de l’avenir », le bois, résistant, isolant et capteur de CO2, gagne à être davantage utilisé dans le bâtiment. Et si jusqu’à une période récente, son utilisation restait cantonnée à la construction de maisons, la donne change face aux défis qui s’imposent aux bâtisseurs de construire plus vite et surtout plus durablement.

C’est ce que souligne l’étude sur « Le marché de la construction bois »  du cabinet Xerfi. Ses auteurs rappellent ainsi que « le marché de la construction bois va (enfin) réellement décoller. Les progrès techniques réalisés, à l’image du lamellé-croisé, permettent désormais de construire des bâtiments en bois de très grande envergure, aussi bien dans le collectif que dans le non résidentiel, donnant par là même un formidable coup de projecteur sur la filière et ses acteurs. Au-delà de ses qualités intrinsèques (léger, isolant, esthétique), le bois favorise par ailleurs l’industrialisation des procédés dans la construction. Surtout, le durcissement attendu de la réglementation thermique donnera un véritable coup d’accélérateur au marché de la construction bois ».

D’ailleurs, la multiplication des projets de construction en bois dans le monde ne fait qu’ajouter à ce constat.

Des étages en plus grâce au bois

Premier exemple emblématique de cet élan, le lancement du chantier de surélévation du bâtiment administratif de la Riponne, à Lausanne, en Suisse. Un projet qui donnera à cette ancienne bâtisse un étage et 700 m² supplémentaires pour accueillir 40 employés du Service de développement territorial. Mais surtout un « prototype qui répond à une question importante de la ville », estime Emmanuel Ventura, architecte cantonal.

Cette réalisation démontre en effet le potentiel du bois pour le marché de la surélévation des bâtiments. Un marché appelé à grossir au regard des prévisions d’intense croissance démographique en ville, lesquelles ne pourront accueillir plus d’habitants qu’en se densifiant par le haut.

En France, la filière bois construction revendique d’ailleurs 28% du marché de l’extension-surélevation. « Notre matériau a des qualités techniques adaptées aux rehausses : la possibilité de préfabriquer les éléments en atelier, qui réduit le temps de mise en œuvre en site occupé, et la légèreté, qui permet de ne pas trop solliciter les structures », confiait ainsi Cécile Richard, secrétaire générale de l’Union des métiers du bois, au journal Le Moniteur.

Un pari de la verticalité qu’est donc en train de relever la Suisse notamment, où depuis cinq ans plus de 300 projets ont été lancés ou déposés à Genève et Lausanne, dont une majorité intégrant le bois.

Toujours plus haut : l’Autriche future championne

Autre projet d’envergure, celui de la Tour Hoho en Autriche s’inscrit dans la course lancée par la Norvège d’abord, puis le Canada, à la construction d’immeubles en bois aussi élevés que ceux en béton.

Aujourd’hui en chantier à Vienne, la tour Hoho devrait être achevée à la fin de l’année 2018, et deviendra la tour en bois la plus haute du monde avec 84m de haut. Elle dépassera alors le Brock Commons, bâtiment du campus de l’université de Colombie-Britannique, à Vancouver, livré fin 2017, haut de 18 étages et pointant à 53 mètres.

La Tour Hoho, elle, sera composée de deux bâtiments de 24 étages, abritant un hôtel, un restaurant, un centre de bien-être, des logements et des bureaux. Conçue par les architectes Rüdiger Lainer & Partner (RLP), sa structure sera formée d’un cœur en béton (24% du total) autour duquel prendra place une structure bois (76%).

En 2020, le bois s’invitera aux JO de Tokyo

Preuve que le bois fait sa place dans le futur de la ville, il vient aussi habiller ses bâtiments les plus populaires comme les stades. C’est ainsi que le projet de l’architecte japonais Kengo Kuma a finalement été retenu en 2016 comme modèle pour le futur stade olympique de Tokyo.

Avec un design inspiré de l’architecture traditionnelle japonaise et l’emploi de bois naturel comme matériau principal, Kengo Kuma a su convaincre le jury de la compétition. En 2020, les 80 000 places occupées par le public des Jeux Olympiques d’été seront ainsi soutenues par une structure majoritairement composée de bois.

Pour l’architecte, le bois est un instrument pour construire la ville autrement. L’objectif « est de réintroduire des matériaux naturels et de faire fusionner l’architecture avec la nature » indiquait-il lors d’une visite à Paris à l’automne 2017.

Lancés en décembre 2016, les travaux de construction de ce stade pas comme les autres devraient s’achever en novembre 2019.

Au Danemark, le bois contribuera-t-il à la guérison ?

Moins grandiose mais tout aussi emblématique de l’engouement pour construire en bois, le projet d’établissement hospitalier de Hillerød au Danemark mérite d’être mis en lumière.

Conçu par le cabinet d’architecture suisse Herzog & de Meuron, le projet d’établissement hospitalier situé au nord de Copenhague laissera donc une large place au bois. « L’hôpital s’étend organiquement dans le vaste paysage. Simultanément, sa forme douce et fluide lie les nombreux composants de l’hôpital », explique le cabinet. Et d’ajouter, qu’il est « un signe révélateur pour les architectes et l’ensemble du secteur de la santé : les hôpitaux bas et plats peuvent être mieux intégrés en ville ou à la campagne que les structures de grande hauteur souvent réalisées au cours des dernières décennies ».

Pour l’architecte et fondateur de WooDoo, Thimothée Boitouzet, qui a travaillé pour les architectes suisses, ce projet pourrait aussi mettre en valeur le potentiel du bois en matière de bien-être et ainsi faire la preuve de sa valeur dans les équipements publics des villes. Car « le bois a une faculté thérapeutique. En 2016, Johnson & Johnson a publié une étude dans laquelle il estime que nos capacités régénératives sont améliorées dans un environnement où il y a du bois car notre pression artérielle est alors plus basse. On est donc moins stressé dans un environnement en bois », souligne cet inventeur du bois augmenté et translucide.

L’un des plus haut gratte-ciel du monde sera-t-il en bois ?

Et pour finir ce tour du monde des projets de construction en bois, on ne saurait passer à côté de ce lui de la tour Oakwood Timber à Londres. S’il n’a pas encore démarré et ne sera, peut-être, jamais érigé, il souligne l’immense ambition que nourrissent les architectes pour la conception de bâtiments en bois.

Proposé en 2016 par le cabinet PLP Architecture, il s’élèverait sur 80 étages et plus de 300 mètres de hauteur pour abriter quelque 93 000 m² de surface. Et ferait ainsi partie des 150 plus hauts bâtiments de la planète.

Aujourd’hui, des chercheurs du département d’architecture de l’université de Cambridge travaillent donc avec PLP Architecture pour faire avancer ce projet immobilier. Une initiative déjà symbolique puisqu’elle est la première d’une série d’études de gratte-ciel en bois financées par l’Engineering and Physical Sciences Research Council britannique.

Un article signé Usbek & Rica

Crédits header : Kengo Kuma