Découvrez l'histoire de la pause déjeuner au bureau à travers les siècles. Aujourd’hui synonyme de convivialité ou d’une parenthèse pour soi, cela n'a pas toujours été le cas !
Et demain ?

Une brève histoire de la pause déjeuner

12.04.2016

Pendant longtemps, dire d’un restaurant qu’il était « digne de la cantine de la boîte » n’était pas un compliment. Néons froids, purée tiède servie à la louche, discussions interminables sur la météo du jour… Aujourd’hui, si la pause déjeuner évoque pour beaucoup un en-cas pris sur le pouce, elle est de plus en plus synonyme de convivialité ou d’une parenthèse bien à soi dans une journée de travail.

La restauration collective existe depuis des siècles dans le cadre des communautés religieuses ou militaires. En 1866, la Banque de France proposait déjà à ses employés de se restaurer dans une cantine autogérée. Mais la réelle généralisation des restaurants collectifs remonte aux années 60 sous l’impulsion des syndicats et des comités d’entreprises.

En parallèle, depuis la fin du 20ème siècle, l’alimentation est devenue un véritable enjeu de société, en témoigne le lancement de politiques publiques comme le PNNS (Programme National Nutrition Santé) en 2001. Mais c’est aussi, et avant tout, un enjeu personnel. Les Français considèrent le déjeuner comme un moment de plaisir et ne souhaitent pas manger n’importe quoi ! Face à une telle exigence, les restaurants d’entreprise n’ont d’autre choix que de s’adapter et rivaliser d’ingéniosité : espaces plus chaleureux, bars à salades, partenariats avec des chefs, menus végétariens, etc.

La contrainte du temps est aussi à prendre en compte : tandis qu’il y a trente ans les Français prenaient environ 1h30 de pause à midi, la moyenne est désormais de vingt minutes (l’équivalent du temps légal minimum). L’apparition des titres restaurant en 1957 a entraîné le développement des offres de restauration rapide. Toutefois, contrairement à de nombreux pays, les Français mangent à heure fixe et assis, même lorsqu’ils ont peu de temps devant eux : 54% d’entre eux sont « à table » à  12h30.

Les restaurants s’invitent dans les bureaux

De nombreuses offres se sont développées pour faire gagner du temps aux travailleurs comme les services de livraison au bureau. Autrefois réservée aux pizzas livrées en scooter les soirs de match, la commande en ligne s’est modernisée. Dans les grandes villes françaises il est possible de se faire livrer à vélo (pour le bonus « écolo ») toutes sortes de mets. DeliverooFoodoraTake It Easy… l’offre est impressionnante et on peut désormais découvrir chaque jour une nouvelle spécialité. Déplacer le restaurant au plus près des travailleurs, c’est aussi le créneau des food-trucks, ces cuisines ambulantes qui fleurissent au pied des bureaux des quartiers d’affaires.

Fidèles à leur réputation de fins gastronomes, les Français considèrent que le déjeuner est un moment à partager. L’occasion de bavarder avec ses collègues ou même de faire de nouvelles rencontres. C’est ce que propose l’application « My Busy Meal » : grâce à la géolocalisation, les « busy people » inscrits sur la plateforme se retrouvent autour d’un repas pour faire connaissance et échanger des idées : une sorte de « Tinder professionnel ». Même principe pour « LikeLunch », qui met en relation des profils Linkedin avec des affinités communes pour des déjeuners partagés. Marie Schneegans, après avoir constaté dans une grande entreprise où elle travaillait que les employés ne se connaissaient absolument pas les uns les autres, a créé l’application mobile « Never Eat Alone ». La plateforme permet aux employés d’une même entreprise de planifier des déjeuners entre eux. Créer des connexions entre les salariés les rend plus épanouis au travail mais aussi plus inventifs et productifs.

Au-delà du repas, la pause déjeuner peut être l’occasion de pratiquer une activité seul ou entre collègues : le Louvre propose par exemple des pauses déjeuner d’une heure face à un concert ou une conférence et le musée des Arts Décoratifs à Lyon suggère des visites sur le thème « une heure une œuvre ». Pour les plus créatifs, la plateforme en ligne superprof.fr propose des cours collectifs de peinture entre midi et deux.  La pause déjeuner est aussi le moment de se faire du bien : les piscines et salles de sport sont très fréquentées à ces heures-ci, des « bars à sieste » ont ouvert dans la plupart des grandes villes françaises, et « Medit@work » propose même des sessions de méditation en groupe, directement au bureau.

Bref, prendre soin de soi, se cultiver, faire des rencontres ou apprendre à connaître ses collègues… nous sommes loin aujourd’hui de la pause déjeuner terne et monotone des premières heures ! Et ceux qui comme Rob Rhinehart nous promettent un avenir sans repas – lequel serait remplacé par une simple poudre nutritive – ont encore du chemin à parcourir pour nous faire renoncer à ce moment précieux.

Un article signé Usbek & Rica

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