Des bienfaits de la sieste au travail
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Des bienfaits de la sieste au travail

07.04.2016

Bonne nouvelle pour ses adeptes : la sieste au travail stimulerait la créativité et le bien-être des salariés. Des espaces « zen » aux futuristes cocons à sieste, la pratique du petit somme sur le lieu de travail pourrait bien à l’avenir se généraliser.

Alors que le verbe siester vient tout juste de rentrer dans l’édition du petit Robert 2016, plus d’un Français sur trois se déclare en déficit de sommeil. D’après une étude de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance, 1 employé sur 5 reconnait s’assoupir en douce sur son lieu de travail.
Au Japon, où les collaborateurs dorment à peine 6 heures et 22 minutes les jours de la semaine, les entreprises encouragent depuis longtemps leurs employés à faire une sieste dans la journée, rappelait le Guardian.
Une solution miracle pour pallier la fatigue ? Pas seulement. D’après plusieurs recherches scientifiques, s’assoupir pendant une journée de travail entraîne des bénéfices bien plus grands pour les salariés et l’entreprise.

Des pics naturels de somnolences

« Dans un rythme biologique classique, on a des pics de somnolences entre 13h et 15h, et cela n’a rien avoir avec la digestion ni le déjeuner » explique Caroline Rome, sophrologue rattachée au centre du sommeil de l’Hôtel Dieu à Paris. Depuis de nombreuses années elle intervient dans les entreprises comme Airbus, Air France ou encore Axa pour apprendre aux collaborateurs à s’autoriser à somnoler, même quelques minutes : « C’est un moment de la journée où on est un peu à plat, c’est le minima de la vigilance diurne. On lutte, on est donc moins efficace et créatif. C’est là que surviennent le plus souvent les erreurs et les accidents. » En répondant à ce besoin de somnolence, « la sieste réactive la mémoire automatique. On passe de somnolent à vigilant en réduisant au passage une petite quantité de stress » poursuit la sophrologue. La pratique de la sieste favorise ainsi la mémoire, et une meilleure concentration, « mais ce n’est en aucun cas un remède contre la fatigue chronique. »

Pour recharger ses batteries, Caroline Rome préconise donc différentes formules. Entre 1 à 5 minutes, la sieste « flash » peut se pratiquer n’importe où. « Il n’y a pas vraiment de sommeil, mais on s’autorise juste à lâcher prise et cela a de vrais effets ». La sieste idéale est comprise entre 10 et 20 minutes : « le temps d’un sommeil léger réduisant les biomarqueurs de stress, sans tomber dans le sommeil lourd et profond ». La sieste royale (entre 1 et 2 heures) est peu adaptée au milieu du travail : « En plongeant dans des stades de sommeil profonds, le réveil sera plus difficile. Il existe une certaine inertie du sommeil. » explique-t-elle.

Dès lors, certaines entreprises n’hésitent pas à aménager de lieux adaptés à ces pratiques. Aux Etats-Unis, les locaux de Google, de Uber ou encore la célèbre firme de crème glacée Ben & Jerry’s sont équipés d’espaces de sieste. Depuis, la tendance a traversé l’Atlantique. Comme le souligne le Nouvel Observateur, l’idée séduit de plus en plus de chefs d’entreprises françaises. Selon une étude du cabinet Robert Half réalisée fin 2013, 47 % des directeurs ou responsables administratifs français sont plutôt favorables à l’instauration d’une sieste de moins de 20 minutes sur le lieu de travail. « L’entreprise se rend de plus en plus compte que c’est efficace et rentable. J’interviens auprès de personnels naviguant, dans des entreprises aux horaires atypiques et des postes soumis à la pression » souligne Caroline Rome.

Des espaces « zen »… aux cocons de sieste futuristes

Depuis six ans, l’agence web Novius à Lyon propose à ses 30 salariés une salle de sieste confortable avec des poufs, deux tables basses et des lampes de chevet. « Certains y dorment 15 minutes, d’autres font des siestes d’une heure. La salle de sieste est très prisée, c’est le premier arrivé, le premier servi. Moi, j’en profite surtout pendant les vacances » raconte Isabelle, 29 ans, assistante du directeur financier. « Les nouveaux collaborateurs trouvent ça fun et reposant. Ils n’osent pas l’utiliser tout de suite mais ça devient rapidement une habitude. » poursuit-elle. Et chez Novius, le patron lui aussi fait la sieste, et le revendique.

En Charente-Maritime, l’entreprise de produits bio Léa Nature offre également à ses 500 salariés un espace « zen » créé à la demande du comité d’entreprise. « Elle est ouverte à tous, hors du temps de travail, sur les moments de pause obligatoires non rémunérés : un quart d’heure entre 10 heures et 11 heures, le même créneau entre 15 heures et 16 heures et sur la pause entre midi à 14 heures, dans la limite d’1h30 » précise Mireille Lizot, directrice de la communication de l’entreprise. Employée au service de gestion, Angélina est une habituée de cet espace zen : « Je ne m’endors pas réellement, mais le silence m’apaise et je suis plus détendue. Je travaille au service gestion et je suis amenée à régler des litiges. J’ai au bout du fil des gens mécontents alors ici, je recharge mes batteries. » 

Basée à Orléans, ColorInside installe des espaces de repos dans les entreprises. et plusieurs d’entre eux ont de quoi faire rêver : La CalmSpace, sorte de dôme géodésique de 10 m² est une bulle recouverte de toile blanche où sont projetées des couleurs relaxantes et des éléments olfactifs apaisants. Un aménagement imaginé pour proposer aux salariés des micro-siestes de 15 minutes. ColorInside propose aussi des chaises-longues lumineuses aux formes épurées revêtues de matelas anatomiques.

Outre-atlantique, certains produits au design plus spectaculaire semblent tout droit sortis de films de science-fiction comme les Energy-pods, ces fauteuils-capsules inclinables équipés de haut-parleurs.

En février 2016, l’université de Miami s’est aussi dotée de deux « napping pod », cocons à sieste futuristes installés sur le campus pour les étudiants qui habitent en banlieue. Citons aussi l’original Giantbirdnest imaginé par l’agence créative O*GE!. Ce canapé en forme de nid d’oiseau géant bordé de bois est rempli de grands œufs en mousse, nec plus ultra du cocooning.

Lâcher prise et accepter la sieste

D’après Caroline Rome, si les dirigeants sont de plus en plus conscients des bienfaits de la sieste pour les collaborateurs et l’entreprise, le blocage vient plus des salariés eux-mêmes. « Le plus difficile c’est d’accepter ce lâcher prise. Au travail, on est trop souvent dans l’hyper-contrôle. Avant certains avaient du mal à assumer et allaient dormir dans leur voiture » confesse-t-elle. Si les aménagements cités plus haut ont de quoi faire envie, les salles de sieste ne sont pas pour autant une fin en soi pour la sophrologue. « Aujourd’hui, les collaborateurs réclament de plus en plus des espaces de repos mais le véritable enjeux c’est avant tout d’accepter cette pratique et de se l’approprier. Il n’y a pas toujours besoin de salles dédiées, cela dépend des métiers. J’apprends surtout aux salariés à dormir un peu n’importe où, c’est ce qui est le plus efficace. » Un peu comme le recommandait le peintre surréaliste Salvador Dali, fervent adepte de la micro-sieste, qu’il nommait le « sommeil à clé » : assis dans un fauteuil, les bras détendus, une clé tenue entre le pouce et l’index, juste au-dessus d’une assiette. Une fois bien assoupi, la pression des doigts relâchant la clé, le bruit de sa chute dans l’assiette saura vous rappeler à l’œuvre !

Un article signé Usbek & Rica

Crédits : CC BY-SA Unsplash / Miguel Angel Ruíz Sánchez , ColorInside , Metromaps , Giantbirdnest

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