Quand les eaux d’égouts chauffent les bâtiments
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Quand les eaux d’égouts chauffent les bâtiments

21.04.2017

L’affaire est entendue : l’énergie la moins chère est celle qu’on ne consomme pas. Mais au grand jeu de l’efficacité énergétique, la valorisation de ressources inexploitées mérite également d’être prise au sérieux. À l’image de cette solution inattendue : l’usage des eaux d’égouts comme source de chaleur.

Valoriser les calories contenues dans les eaux d’égouts pour chauffer les bâtiments tertiaires et résidentiels. C’est l’étonnant système développé et breveté par l’entreprise hongroise Thermowatt. Son principe ? Grâce un échangeur,  les calories  de l’effluent – dont la température est comprise entre 10 et 30° selon les saisons – sont transférées vers une pompe à chaleur reliée aux circuits de refroidissement, de chauffage et d’eau chaude sanitaire de l’immeuble. Fermé, le dispositif est garanti sans odeurs ni déchets dangereux. Il est compatible avec des bâtiments dont la capacité installée varie entre 1 et 7 MW : immeubles de logement, centres commerciaux, bâtiment de collectivités publiques et même, locaux d’entreprises.

Un retour sur investissement entre 3 et 7 ans

Déjà mis en œuvre en Suisse, en Allemagne, en Hongrie et aux Etats-Unis, cette énergie propre est donc désormais commercialisée en France par la société de services en efficacité énergétique et environnementale «ENERLIS ». Un lancement dont se félicitait ainsi son président Thierry Martin dans un récent article des Cahiers Techniques du Bâtiment. « Il faut retenir que les économies d’énergie réalisées grâce à cette technologie peuvent se situer autour de 25 % du poste énergie global annuel, avec un retour sur investissement entre 3 et 7 ans selon les cas, promet le président d’ENERLIS. Ce n’est pas l’unique solution de ce type, mais nous entendons sensibiliser les gestionnaires de patrimoine, auprès desquels nous nous positionnons en qualité de tiers investisseurs. »

Une installation complexe en milieu urbain

Très prometteur sur le papier, le système risque néanmoins d’être contrarié par la réalité du terrain. D’abord car pour être rentable, la solution impose que sa station de filtrage – 5 x 10 m pour une capacité de production de 4 MW – soit enterrée à proximité du bâtiment. Une condition qui peut s’avérer complexe en pleine ville où les surfaces d’enfouissement sont limitées. Autre contrainte : le flux minimal d’eaux d’égouts nécessaires au bon fonctionnement du procédé. Ce dernier doit être alimenté par l’équivalent d’une population conséquente d’environ 8 000 habitants. Malgré ces deux freins, le procédé d’ENERLIS aurait déjà séduit plusieurs bailleurs sociaux français. Des gestionnaires de patrimoine qui pourront financer leurs futures installations grâce aux économies d’énergie réalisées sur leur facture, mais aussi à des aides prévues par la Loi relative à la Transition Énergétique (17 août 2015). Alors, professionnels ou particuliers, lors de votre prochaine visite immobilière, n’oubliez pas de demander : « Et pour le chauffage, c’est gaz, électricité ou eaux d’égouts ? »

La start-up toulousaine EHTech récupère la chaleur de votre douche

Non l’Obox n’est pas la dernière box cadeau à la mode, mais plutôt une innovation destinée aux propriétaires écolos. Installée dans votre vide sanitaire, cette boîte permet  – grâce à un échangeur – de récupérer 63 % de la chaleur de votre douche (chiffre certifié par le CSTB). Si le prix d’achat peut dissuader (998 euros sur Amazon), Hugo Durou, président et cofondateur d’EHTech préfère insister sur un retour sur investissement moyen estimé à 5 ans pour son produit. « L’économie dépend beaucoup des habitudes et de l’installation de l’utilisateur : type de chauffe-eau, durée moyenne des douches… Nous proposons d’ailleurs un calculateur en ligne pour estimer l’économie avant l’achat. En moyenne, nos clients économisent environ 200 euros par an »

Une nouvelle solution pour le collectif

Après avoir lancé sa Obox en janvier 2011, puis licencié sa technologie auprès d’industriels du secteur (dont Altantic), la start-up toulousaine s’attaque désormais au marché du logement collectif. « Depuis un an et demi, nous avons développé un nouveau système qui récupère l’ensemble de l’eau chaude consommé dans un bâtiment pour renforcer la chaufferie collective. Il s’adressera au résidentiel collectif mais aussi à l’hôtellerie et aux  centres sportifs». Afin de réussir l’industrialisation de ce nouveau produit et lui adjoindre de nouvelles fonctionnalités « connectées », EHTech a intégré –  courant mars – l’accélérateur « Connected Camp » de Iot Valley. Chaud devant !

Un article signé OKedito

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